Je vous ai décrit il y a quelques jours mes conditions de prise de garde à la caserne Bonne-Terre à Saint-Claude.

A l’occasion d’un garde suivante, j’ai eu l’occasion de faire la connaissance de Robert. Ce garçon était lui aussi pensionnaire du CHS situé sur le plateau supérieur à la caserne. Quand sa pathologie était sous contrôle, il était autorisé à sortir l’après-midi. Dans notre langage militaire on aurait dit qu’il avait quartier libre de 14 à 17 heures !!
Mais ce qui était cocasse c’est qu’il venait passer son après-midi à la caserne !
Tout le monde le connaissait. Un adjudant-chef de mobile nommé major lui avait fait cadeau de son képi et il avait récupéré un sifflet. Il se sentait donc totalement légitime à venir …gérer la barrière du poste de garde, ce que nous lui laissions faire notamment pendant la sieste compte tenu du faible flux de passage….Et cela avec l’aval implicite du colonel, adjoint au commandant de groupement qui lui-même résidait dans la caserne et ne pouvait ignorer la présence régulière de Robert.
Entre deux levées de barrière, Robert s’asseyait au pied de celle-ci, à l’ombre, le képi sur les yeux.
Evidemment, ce qui devait arriver, arriva….
Un début d’après-midi branle-bas de combat ! L’hélicoptère annonce son arrivée avec à son bord le commandant de groupement et le Préfet. Tout le monde s’agite pour dégager la DZ et en éloigner les « gosses » de la Caserne mais ….on oublie Robert dans sa sieste.
L’hélico atterrit, le Colonel descend accompagné du Préfet. Ils se dirigent vers le poste de garde et là….Robert sort de son coin d’ombre, se lève, et se met au garde à vous  non sans avoir préalablement donné un vibrant coup de sifflet !!!
Le colonel est passé par toutes les couleurs de l’arc en ciel et le Préfet est demeuré interloqué….Ils se sont engouffrés dans la 305 du Colonel. La radio a du « chauffer » parce que dans les 5 minutes le lieutenant qui commandait la caserne déboulait « furax ». Tous les commandants de pelotons et d’unités ont été convoqués et vous imaginez la soufflante générale…
Robert a été interdit de séjour…puis a repris son service quelques temps plus tard….heureux comme jamais et ….dans l’hypocrisie générale de tous les officiers !
Je sais, cela parait totalement incroyable et surtout totalement improbable aujourd’hui mais c’était en 1988 et aux Antilles…
Je ne sais pas ce qu’est devenu Robert, mais comme il était relativement jeune, j’espère que ces moments de bonheur que constituaient pour lui ces « gardes » lui ont permis de vivre apaisé jusqu’à nos jours.
On a tous à un moment fait autant de social que de répression ou de surveillance, c’est je crois aussi cela l’âme et l’esprit de la Gendarmerie. Et je reste fier d’avoir servi dans cette arme.[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image] l'hélico devant le mat des couleurs Caserne Bonne Terre Saint Claude 1988. Au pied du bâtiment à gauche, la barrière à Robert !